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Échec scolaire : le challenge des Ecoles de la 2ème chance

Chaque année, 150 000 jeunes sortent du système scolaire sans diplôme ni qualification. Les Écoles de la 2ème chance leur offrent la possibilité de ne pas rester sur cet échec scolaire. Adil Lamrabet, chargé de développement des E2C nous explique ici les spécificités de ce dispositif éducatif innovant.

- Comment sont nées les écoles de la 2ème chance ? Comment Edith Cresson a-t-elle mis en place ce projet ?
L'École de la 2e Chance est un dispositif pour l'insertion sociale et professionnelle des jeunes sans qualification et sans emploi. Le concept des Écoles de la 2e Chance (E2C) est issu du livre blanc " Enseigner et apprendre : vers une société cognitive " présenté en 1995 par Édith Cresson, Commissaire Européen à l'Éducation. Grâce à ce travail, l'Europe a décidé de financer à 100 % un projet test avec une école par pays membre entre 1997 et 2000, dans 10 pays. La première école en France a vu le jour à Marseille en 1997.

- Vous n'êtes pas présent sur tout le territoire. Comment se créée une E2C ? Selon quels critères choisissez-vous les villes d'implantation ?
Il n'y a pas de critère d'implantation. En réalité, ce sont les collectivités locales, territoriales et/ou consulaires qui sont à l'origine des créations d'écoles. Les jeunes sont rémunérés en tant que stagiaires de la formation professionnelle qui est gérée par les régions. Tout d'abord, il faut savoir que le Réseau E2C France est une association qui regroupe les E2C en France. Celle-ci est une structure technique gestionnaire du processus de labellisation et des marques déposées (Écoles de la 2e Chance et E2C). L'association dont les compétences couvrent la validation du parcours des jeunes, la mutualisation des parcours et outils pédagogiques le développement de nouvelles Écoles a été créée en 2004. En général, les institutions prennent contact avec le Réseau. Cela peut venir d'un contact institutionnel tel que les Chambres de Commerce ou les régions ou encore les villes ou les agglomérations qui nous demandant comment créer une E2C. Dans ce cas nous sommes en mesure de pouvoir réaliser soit une étude pour la faisabilité du projet, soit un accompagnement au démarrage du projet. Nous mettons les moyens nécessaires à la bonne réussite du projet en référence au cahier des charges pour la labellisation du dispositif.

- En 2009 l'État a décidé de participer à leur financement. A quelle hauteur ? Quelles sont les autres sources ?
Un certain nombre de dispositions institutionnelles ont été mises en place entre 2004 et aujourd'hui. Il y a d'abord eu en 2007 la reconnaissance du dispositif par le système éducatif français. La spécificité des E2C est reconnue pour les 18-25 ans sans qualification et sans emploi avec la possibilité de leur délivrer une attestation de compétences acquises. C'est une sorte de diplôme individualisé. En août 2008, les écoles ont eu la possibilité de percevoir la taxe d'apprentissage, versée par les entreprises. En 2009, deux ministères ont validé le cahier des charges en vue de la labellisation des E2C. En mai 2009, la circulaire de l'État précise que les E2C ont une possibilité de financement jusqu'à un tiers du budget total (avec un soutien dès la création de l'École).
Pour résumer, le budget d'une E2C s'oriente vers le système suivant :
- pour un tiers : les régions qui sont donneuses d'ordre du dispositif,
- pour un tiers : l'État,
- enfin, le dernier tiers regroupe le financement Européen (FSE), la participation des collectivités (villes, agglomérations...) parfois les Conseils Généraux, les consulaires, mais aussi la taxe d'apprentissage et l'entreprise (mécénat, fondation).
Remarque importante : l'E2C est un des très rares organismes de formation qui bénéficie d'autant de sources de financement.


- Que propose l'école de la 2ème chance de différent ?
C'est un enseignement qui est décalé dans le temps et dans l'espace. Il repose sur 4 piliers :
- le parcours individualisé : les jeunes sont en "entrée-sortie" permanente donc hors des schémas scolaires classiques. Un formateur référent prend en charge une dizaine de jeunes et les accompagne dans le parcours de formation. Le jeune a donc un parcours de formation individualisé et encadré. Ce parcours peut durer de 4 mois à 18 mois.
- les moyens dédiés à la formation permettant aux jeunes de développer un vrai sentiment d'appartenance. Le dispositif devient institution : locaux dédiés, personnels dédiés. Cela va vous paraître exagéré, mais l'image c'est de se dire que l'on "sort de l'E2C" comme les jeunes qui "sortent d'HEC" !
- le parcours est unifié : c'est une formation en alternance, c'est-à-dire une partie en cours et l'autre en entreprise. Les jeunes remettent à niveau leurs savoirs de base (les jeunes issus de ce dispositif sont d'un niveau infra V*). En général, ces jeunes n'ont jamais mis le pied en entreprise. Si leur première semaine de stage se passe mal, ils reviennent tout de suite à l'école. C'est donc un accompagnement sans rupture.
- l'alternance : on fait découvrir à l'élève un éventail de métiers en entreprise, le but étant de développer un projet professionnel. L'élève commence à définir un ou deux projets professionnels. Ensuite, on construit avec lui ce projet avec la découverte de métiers. Par exemple, s'il veut devenir cuisinier, on lui fait faire un stage en brasserie, dans un restaurant, dans une cuisine d'entreprise ou encore dans un self. Il doit voir plusieurs domaines pour savoir dans quelle branche concrétiser son projet. Puis on accompagne l'élève vers la sortie : soit la qualification, soit l'emploi.
La réussite, c'est que 60 % des jeunes sortis des E2C sont orientés vers l'emploi durable ou vers une formation qualifiante (contrat de professionnalisation, alternance).

- Quelles sont vos méthodes pédagogiques ?
Ce qui est intéressant dans les E2C, c'est qu'il existe des référentiels communs qui sont basés sur le socle de connaissances et de compétences qui sont ceux de l'Éducation nationale : français, mathématiques, informatiques et connaissances sociales professionnelles qui permettent de constituer un portefeuille de connaissances et donc de délivrer l'attestation de compétences acquises. Il n'y a pas de véritable standardisation dans les pratiques pédagogiques, l'importance forte est accordée à l'outil informatique. Les pratiques sont singulières adaptées au territoire, au tissu économique local et aux attentes du publique. Par exemple, si vous voulez développer le champ mathématique avec un jeune, vous pouvez effectuer une sortie avec un budget pour précis pour lui permettre d'apprendre à mieux compter et gérer. Ce qui est intéressant, c'est que ces pratiques sont mutualisées, les Écoles se rencontrent pour partager les différents types de pédagogies utilisées. C'est que l'on appelle la pédagogie active.

- Quelles sont les raisons de l'échec de ces élèves ?
Elles sont multiples. La France est un des pays européens le plus touchés par l'échec scolaire. Près de 150 000 jeunes sortent chaque année du système scolaire sans diplôme et se retrouvent confrontés, mois après mois, à la difficulté de rentrer dans le monde du travail. Il n'y a pas de vérité sur ces échecs. Chaque jeune a son parcours de vie avec des problèmes sociaux divers. L'E2C est un dispositif nécessaire à l'intégration de ces jeunes. Les jeunes n'ont pas tous le même vécu, pas tous le même capital culturel et économique et social. Je ne vais pas faire un cours de sociologie, mais les problématiques des jeunes sont diverses : isolement, précarité, violence, addiction (drogue, alcool)... Chaque jeune possède une histoire qui lui est propre et qui ne lui a pas permis de s'accrocher aux wagons de l'Éducation nationale.

- Quels sont les conditions d'entrée dans les E2C ?
Le seul et unique critère d'entrée, c'est la motivation du jeune qui ne possède ni diplôme ni qualification. Il n'y a ni test ni sélection à l'entrée. Les jeunes, en majorité, viennent du prescripteur principal qui est la Mission Locale, mais aussi du Pôle Emploi, des associations locales...

- Quel est le taux de réussite ?
La première réussite, c'est que les jeunes se maintiennent dans le dispositif. 8 jeunes sur 10 vont jusqu'au bout de leur parcours, ce qui est très important. Ensuite on a 59 % de sorties positives : 22 % de jeunes entrent en formation, 11 % de jeunes entrent en alternance, 22 % des jeunes qui trouvent un emploi durable et 4 % en contrats aidés. Pour les sorties sans solution, il n'y a pas d'étude chiffrée, mais avec l'expérience et le recul, on se rend compte néanmoins que cela a beaucoup apporté à ces jeunes en termes de responsabilité et d'autonomie.
Cela nous permet d'être, encore aujourd'hui, en développement constant dans toutes les régions. Fin 2010, 27 membres du Réseau gèrent 82 sites-écoles dans 15 régions et 39 départements, dont l'Outre-Mer (la Nouvelle-Calédonie, La Réunion, la Guadeloupe et la Martinique).

- Est-ce que vous gardez contact avec les élèves après leur sortie de l'école ? Y a-t-il un suivi de leur évolution ?
Il y a une chose importante dans les E2C c'est le suivi post parcours, c'est un suivi du jeune après sa formation qui peut aller jusqu'à 2 ans. Le formateur prend contact avec ses anciens stagiaires pour savoir où ils en sont et parfois leur apporter un peu de soutien. Les anciens stagiaires eux-mêmes reviennent à l'école rendre visite et échanger avec leur formateur. Bien souvent, c'est pour demander conseil dans la mise à jour de leur CV et valoriser l'expérience qu'ils ont pu avoir. Nous mettons un point d'honneur au suivi post parcours.

- Avez-vous fondé une association d'anciens élèves de l'école de la 2nde chance ?
Non mais ce serait très intéressant de développer ce genre de chose. Cela permettrait aux élèves d'échanger sur leur vécu. Il y a déjà des pratiques qui se font dans certaines écoles au travers de blogs ou de sites.

- Souhaitez-vous ajouter quelque chose ?
En général, quand les jeunes arrivent, ils veulent tous être vendeurs de jeans et ils se retrouvent avec un métier dans des domaines complètement différents mais où ils se sont épanouis. Bien souvent, ils sont surpris de voir qu'ils ont déjà les compétences requises pour le domaine qu'ils ont choisi.

* Niveau infra V (infra CAP) : sont considérés de niveau infra V, les élèves sortis du système éducatif avant d'avoir atteint l'année terminale du second cycle professionnel court.